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Cyclone Hugo : la reconstruction éclair



Au lendemain du passage du cyclone tristement légendaire, le 16 septembre 1989, il faut construire dans l’urgence. La Guadeloupe retrousse ses manches. Objectif : 12 000 logements en 3 ans.


« Tout est rasé ! » Ces paroles graves lancées au petit matin par le maire de la Désirade résonnent encore aux oreilles de Francis Audras, alors au service de la construction publique à la Direction départementale de l’Equipement (DDE).

Quelques heures plus tard, devancés par les tractopelles, des sabres d’abattis à la main, les techniciens de la DDE se fraient un passage pour relier l’Anse-Bertrand, avec la mission de trouver une solution d’urgence auprès de la société Orban. Cette société faisait figure de pionnier dans la construction préfabriquée en fibrociment. Las, l’entreprise s’est révélée trop complexe.

Permis délivrés dans la journée
Très vite, avec le concours du gouvernement, les pouvoirs publics et les sociétés HLM mettent en place une procédure de crise. Plus de 50 000 sinistrés attendent un logement.
Les sans abri sont recueillis dans les écoles et sous les tentes. L’objectif est, chaque fois que c’est possible, de réparer les constructions endommagées ou de reconstruire de toute urgence des Logements Evolutifs Sociaux (LES) aux ayants droits sur les terrains des sinistrés. Mais cela aura pour conséquence la multiplication de l’habitat dispersé. Un concours d’idées est lancé. 250 réponses parviennent à la DDE. Des majors de la construction qui n’ont finalement pas donné suite mais surtout des PME, une coopérative de 80 artisans… UGO construction, etc.

Sur trente modèles de maison, cinq sont immédiatement retenus dont un en béton. «  Un guichet unique a été monté et les permis étaient délivrés dans la journée. Les gens devaient avoir un terrain. Ils n’avaient pas tous un acte notarié, parfois une simple attestation. Sur place, ils étaient mis directement en contact avec les constructeurs et ils choisissaient leur maison, en bois ou en béton » se souvient M. Audras.

« Il fallait agir vite. Et quand on fait vite on ne fait pas toujours bien. Il a fallu construire un peu partout, mettre en place rapidement les financements » souligne Philippe Mazurel, chargé du dispositif logement évolutif social (LES) à la DDE.

L’Etat octroie 15 000 euros pour un logement individuel, 7500 euros pour un logement collectif. Quatre mois plus tard, les premières maisons sont livrées, sans cloison, à charge pour les propriétaires d’achever ou de faire terminer la construction. Des prêts relais seront ensuite mis en place.

Une culture du risque
Si cet événement a généré sur le terrain un formidable élan de solidarité entre communes, individus, corporations…et une profonde humanité, il n’a pas révolutionné les technologies. « Hugo a permis de réaffirmer la pertinence des règles Antilles et d’en tirer les leçons. Il a aussi contribué à une révolution sur le plan de l’urbanisme. C’est à cette époque qu’on a reconsidéré l’aménagement de l’espace » indique Francis Audras.

« Vingt ans après, Hugo est dans toutes les mémoires. Les gens ont intégré cet aléa. Le passage du cyclone a réglé le problème des malfaçons dans la construction mais on constate que cette culture du risque n’est pas encore suffisamment intégrée dans la construction parasismique des maisons individuelles » regrette-t-il.

n° 51 du 24/06/2010