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JOËL GUSTAVE, AGENCE RÉGIONALE DE SANTÉ

« DÉFINIR UN CADRE RÉGLEMENTAIRE POUR LA POSE DES GOUTTIÈRES ET LA FORMATION DES PROFESSIONNELS »



Joël Gustave, chef du service de lutte anti vectorielle à l’ARS, nous dit pourquoi les gouttières jouent un rôle dans la reproduction du moustique Aedes aegypti, vecteur de la dengue. Il évoque aussi des pistes de réflexion pour lutter contre la prolifération de cet insecte dont les piqûres peuvent être mortelles.

Une étude réalisée en 2006 confirme que les gouttières sont des nids à moustiques, vecteurs de la dengue. Comment l’expliquer ?
Cette étude* menée sur un échantillon de maisons montre que les deux tiers des gouttières n’évacuent pas correctement les eaux pluviales. Dans 30% des cas, elles abritent des gîtes larvaires d’Aedes aeypti et des nymphes dans 16% des cas.
Les gouttières, les descentes et les regards doivent être posés dans les règles de l’art. Mais les gens sont très attachés à l’aspect esthétique et ne souhaitent pas mettre de pente à leurs gouttières ni de descentes en nombre suffisant. Or, les échantillons de l’étude montrent que le linéaire moyen en eau relevé est de 4m par logement. En extrapolant, cela représenterait des kilomètres de gîtes larvaires et un haut degré de développement car les larves se nourrissent de sédiments qui se déposent dans les gouttières mal entretenues. Même en cas de sécheresse, ces larves résistent grâce à la rosée qui s’écoule du toit.
Nous avons constaté plusieurs foyers de dengue liés à ce phénomène.

Quelles suites ont été données à ce constat ?
Un groupe de travail a été mis en place avec la DEAL et le CAUE. Nous avons édité une plaquette à l’attention du public pour l’informer des bonnes pratiques visant à évacuer correctement les eaux de pluie.
De nombreux contrôles, suivis de recommandations, sont réalisés régulièrement dans les établissements recevant du public, en particulier les établissements de santé, et les établissements scolaires. Cette surveillance concerne aussi les centres de vacances. En effet, le virus de la dengue de sérotype 4 qui circule actuellement n’avait pas sévi depuis 8 ans et les enfants jusqu’à cet âge ne sont pas immunisés. Enfin, nous avons alerté l’ensemble des collectivités sur la nécessité de mettre aux normes les gouttières et les regards sur les bâtiments relevant de leur compétence.

Quelles sont les pistes pour améliorer durablement la situation ?
Notre souhait est de définir un cadre réglementaire relatif à la pose des gouttières, la formation des professionnels et plus généralement d’alerter les constructeurs. Il s’agit également de sensibiliser les maires sur ces aspects dans le cadre des permis de construire.
Nous voulons mettre en place une action concertée avec les professionnels.
Parmi d’autres pistes, un diagnostic gouttières, en priorité pour les EPR, puis les constructions individuelles, fait l’objet de réflexions.

Comment contourner la difficulté de faire entretenir ses gouttières ?
Les gouttières constituent des systèmes difficiles à contrôler, pour des raisons de sécurité, mais aussi à traiter du fait d’une efficacité très limitée des traitements chimiques, suite aux direc tives européennes interdisant certains produits nocifs pour l’environnement.
Inciter à la création de petites entreprises d’intervention pour le nettoyage des gouttières est une piste à explorer. Cette démarche pourrait générer des emplois et offrir des garanties d’assurance en responsabilité aux particuliers.

* L’étude est disponible en téléchargement sur le site de l’ARS Guadeloupe : ww.ars.guadeloupe. sante.fr

LNI N°89 SEPTEMBRE 2013